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la photographie de famille

Hélène Virion
© Hélène Virion

La photographie de famille relève de l’ordre de l’intime et du privé. Elle est le sujet et l’objet d’une histoire filiale précieusement recueillie dans les albums de familles. Trace d’un héritage, elle est le témoignage visuel de moments confidentiels passés et figés sur le papier photosensible. Elle est le signe d’évènements privés, dénués de toute résonnance à l’extérieur du cercle familial. Or depuis quelques années elle se collecte, elle s’expose sur les cimaises des musées dévoilant aux yeux de tous des évènements et affects liés à des sphères intimes. Par cette modification d’usage la frontière du privé et du public, comme ses bornes glissent et entraînent avec elle nombre de questionnements dans le sillage de la pensée de Roland Barthes dans La Chambre Claire1. Comment pouvons-nous être touchés par une photographie liée à une généalogie dont nous ne sommes familiers, par un rituel filial dont nous sommes étrangers ? Le présent article vise à questionner l’essence de la photographie de famille, à interroger sa charge symbolique et référentielle. Il ambitionne d’en reconsidérer la place à l’heure où des photographies sans héritiers s’exhibent. Des albums de famille aux cimaises des musées l’intention est de sonder la ou les places que prend la photographie de famille aujourd’hui. Face à ses nouveaux enjeux de visibilité et de diffusion abordons son histoire, ses usages pluriels en vue de comprendre comment l’intérêt porté à ces histoires intimes et filiales a pu passer du domaine privé aux yeux du public.