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les limites de ma poésie sont les limites de mon monde

vers une définiton de la poésie

 

Lorenzo Menoud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un constat

 

C’est un fait qui n’échappera pas à ceux qui la fréquentent : la poésie a pris depuis plus d’un siècle des formes jusqu’alors inimaginables, ses contours devenant difficilement repérables. En effet, pour citer quelques exemples, il semble bien n’y avoir rien de commun entre la poésie classique d’un François de Malherbe et le Coup de dés de Stéphane Mallarmé, le « Pour faire un poème dadaïste » de Tristan Tzara, « La Mounine » de Francis Ponge, un cut-­up de Brion Gysin, une manifestation de poésie sonore d’Henri Chopin, un poème concret d’Augusto de Campos, « poem » de Dan Graham, une performance d’Esther Ferrer, le « Poème copié » de Jean­-François Bory, le Dépôts de savoir & de technique de Denis Roche, un code­-poem d’Alan Sondheim, un agrotexte de Jean­-Yves Fréchette, le Soneto ecologico de Fernando Aguiar, un bio­-poem d’Eduardo Kac, un poème trouvé de Julien d’Abrigeon et une   poésie-­vidéo de Jörg Piringer, ni même entre chacune de ces occurrences poétiques entre elles. 

Mais qu’en déduire, sinon sans doute qu’étant donnée cette absence de racines connues de la chose poétique il ne saurait être pour nous question d’approuver ni même de commenter toute entreprise de théorisation poétique qui perdrait un instant de vue qu’elle se doit avant tout à sa propre réflexion ou, si l’on veut, à son autocritique. C’est peut-être une justification par la méfiance, mais convenons bien que la poésie ne se connaît pas comme naissance, qu’elle ne se connaît pas comme emploi, qu’elle ne se connaît plus comme science et qu’elle ne se connaît jamais que comme société.

 

Denis Roche, Éros énergumène 

Il est évident que l’esprit de la poésie, qui est impérissable mais qui, chaque fois qu’il reparaît dans le genre humain, s’incarne en des corps différents, doit se former un corps doué d’une figure autre, à partir des aliments que lui offre une époque changée. 

                                                           Frédéric Schlegel